Quand on plante une vigne, on prend des décisions pour les 20, 30 ou 50 prochaines années. Les choix doivent donc être mûrement réfléchis car au delà de nous-mêmes, ils engagent souvent la génération suivante.

C’est véritablement un anachronisme dans une société qui va de plus en plus vite, ou l’instant est la seconde, le moyen terme le trimestre et le long terme l’année. Ce choix va décider du vin qui sortira de terre et qui devra plaire non seulement aux consommateurs d’aujourd’hui mais à ceux du lointain futur. En l’absence de boule de cristal, il faut bien se raccrocher à quelque chose.

Pour moi, la seule vérité immuable est celle de la nature. Planter une vigne complètement adaptée à son environnement et capable d’exprimer les nuances de son terroir ne sera jamais une erreur et son vin transcendera les modes. Depuis l’antiquité l’homme a planté des vignes dans nos terroirs en Costières de Nîmes. Au fil des siècles, par expérience, l’homme a sélectionné un certain nombre de cépages et de pratiques culturales adaptées. Lors de ces dernières 40 années, la science a développé la recherche clonale avec comme objectif premier la régularité de production et la reproductibilité et a utilisé un matériel génétique qui s’est vite épuisé par consanguinité.

Nous avons fait le choix aujourd’hui de revenir à ce que l’on appelle la sélection massale, c’est-à-dire celle pratiquée par les pépiniéristes avant l’arrivée des clones. Des greffons sont prélevés sur de vieilles vignes souvent centenaires et sélectionnées pour la qualité du raisin qu’elles donnent plus que pour leur quantité. Provenant de plusieurs pieds, ces greffons donnent aux plants une diversité génétique qui amènera de la complexité aux vins produits. Leur production modérée sera aussi gage de qualité.

Une deuxième motivation provient du fait que comme tous les vignerons nous subissons aujourd’hui une explosion du taux de mortalité des ceps due aux maladies du bois, qui semblent affecter beaucoup plus les jeunes vignes que les vieilles. Si la science n’a ni remède ni explication claire pour ce problème, je pense que les vieilles vignes ont dans leurs gènes de quoi mieux se défendre que celles issues de la sélection clonale.

Cet hiver, nous planterons sur notre terroir des plants de grenache issus de vignes centenaires de Châteauneuf du Pape. Nous comptons aussi les former en gobelets, la méthode ancestrale convenant particulièrement bien à ce cépage. Alors faire du neuf avec du vieux comme gage de succès futur ? L’avenir nous le dira.  A votre santé.