Un vin doit son caractère au potentiel de son terroir et à la lecture qu’en a le vigneron. Je l’ai souvent comparé à une musique, qui dépend tout autant de la partition que de l’interprète. Ne mentionner que ces deux paramètres est un raccourci que je prends aisément mais c’est en négliger un troisième, qui révèle l’infinie variété d’une cuvée: le millésime.

Quand on parle d’effet millésime, on place une bouteille dans le contexte où elle a été produite, en précisant combien la météo de toute une année change la donne. Qui a remarqué la différence entre un concert dans un gymnase et dans une salle d’opéra me comprendra très bien.

En principe il faut savoir qu’en Costières la maturité est toujours au rendez-vous et les années fraîches donnent en général d’excellents résultats. Des températures modérées permettent aux baies de mûrir doucement et les tannins qui en résultent sont fins et soyeux. 2014 s’annonçait donc sous les meilleures augures avec son printemps précoce mais frais et humide. Mais l’été qui l’a suivi, toujours sur la fraîcheur, était accompagné de plus de pluie que nécessaire. Or une humidité trop importante est le plus grand danger au vignoble : elle favorise l’apparition de moisissures qui peuvent être désastreuses pour la récolte et individuellement pour chaque pied de vigne.

Repérant les effets de ce temps capricieux sur les pommiers et les pêchers qui bordent mes vignes, j’ai entrepris dès le début de la saison un travail d’effeuillage et d’éclaircissage sans précédent. En vigneron bio convaincu, j’ai appris que le préventif l’emporte toujours sur le curatif. Car si une parcelle est touchée, il est très difficile d’empêcher la contamination.

Travaux d'éclaircissage

Avec l’aide des brises maritimes, les orages qui ont frappé les Costières à l’approche de la récolte ont heureusement été moins sévères que dans beaucoup d’autres vignobles du Rhône ou du Sud. Mais j’ai aussi la nette impression qu’au fil des millésimes, les vignes moins protégées finissent par devenir plus résistantes à la pression des maladies. Tous ces facteurs nous ont littéralement permis de passer entre les gouttes !

Vendange

Après le passage en cave, je peux finalement affirmer que le millésime 2014 est superbe. Les blancs ont bénéficié de la fraicheur et sont particulièrement élégants, notamment la Roussane et le Viognier qui se distinguent par leur vivacité et de belles acidités. Côté rouges, nous sommes vraiment contents avec la Syrah, dont la fraîcheur des arômes est notre marque de fabrique et qui est un cépage clef en Costières. Chez les Grenaches on a une couleur profonde, des tannins tendres et une belle sucrosité.

Mais il n’est pas permis de s’endormir sur ses vignes, pas plus que sur ses lauriers. 2015 est déjà en préparation, alors que nous commençons la taille. On commence les répétitions pour le concert de l’année !