Lorsque nous nous retrouvons en famille, nous aimons flâner ou pique-niquer sur une petite bute, abritée au nord par la Garrigue et qui jouit au sud d’une vue imprenable sur nos vignes, descendant en pente douce jusqu’aux étangs de Camargue (et la nuit jusqu’aux phares dont la lumière nous rappelle notre proximité avec la Méditerranée). Au milieu de cette colline trône une version modernisée d’une très ancienne invention qui en son temps révolutionna l’agriculture en Méditerranée : la noria.

La noria

La noria

Localement, nous appelons cette merveille de l’ingénierie hydraulique une noria mais si nous voulons être précis il s’agit en fait d’une « sakia » puisqu’elle fonctionnait grâce à un animal et puisait son eau dans un puits et non dans une rivière.

Le fonctionnement est le suivant : un âne avec des œillères (pour éviter d’être étourdi) tourne autour du puits pour actionner une roue horizontale, qui elle-même met en mouvement une roue verticale. Cette roue verticale entraine des seaux montés sur une double chaîne sans fin qui plongent au plus profond du puits.

Photo collection by Th.Schiöler • Water-lifting by draught animals • Ibiza, Balearic Islands • Photo 97

Photo collection by Th.Schiöler • Water-lifting by draught animals • Ibiza, Balearic Islands • Photo 97

L’eau tombe dans des canaux situés de chaque côté de la chaîne alimentant ainsi des réservoirs utilisés pour l’irrigation. Les avis divergent quant à la paternité de cette invention : certains citent l’Egypte hellénistique, d’autres la Perse ou même l’Inde. En revanche, tout le monde s’accorde sur la datation de son apparition au 3ème siècle après JC et sur son expansion rapide.

 Au Moyen Age, elle était déjà utilisée dans une bonne partie de l’Europe et au 17ème siècle, les Espagnols l’implantèrent au Nouveau Monde. Comme en témoigne notre modèle en fonte, cette invention a été utilisée jusqu’au 20ème siècle dans beaucoup d’endroits. Des modèles quasi similaires fonctionnent toujours en Asie, au Moyen Orient et dans la péninsule ibérique. Les mécanismes d’approvisionnement en eau et l’irrigation ont été les 2 principales technologies au fondement des plus grandes civilisations.

Face à la fois aux effets du changement climatique et à la croissance démographique, l’irrigation des surfaces agricoles devient un enjeu majeur. Selon l’IRSTEA (Institut National de Recherche en Sciences et Technologies pour l’Environnement et l’Agriculture), l’irrigation participe à 40% de la production alimentaire aujourd’hui et sera de plus en plus nécessaire dans l’agriculture raisonnée. Comme le confirme l’IRSTEA sur son site internet « l’enjeu pour l’agriculture mondiale est considérable : il faudra doubler la production d’ici à 2050 pour nourrir 9.5 milliards d’êtres humains alors que les scénarii élaborés sur le climat pointent une baisse des ressources en eau potable dans la plupart des régions du monde. »

Comme nous le rappelle notre petite noria, l’utilisation responsable de l’eau doit être au cœur des préoccupations de chacun d’entre nous si nous voulons assurer un approvisionnement alimentaire durable. L’agriculture irriguée devra s’adapter et contribuer à réduire l’impact du changement climatique.